Vote du 25 septembre 2005
 
 


Après sa prise de position pour le OUI en première page du Blick le 12 septembre, Ch. Blocher donne un interview au Temps, où il confirme son engagement pour un OUI le 25 septembre. Seules des autruches à la tête particulièrement bien enfouie peuvent continuer à nous servir le refrain du OUI anti-xénophobe. Au passage, Ch. Blocher, comme ses collègues chefs d'entreprise quasi unanimes, confirme qu'il attend de la "libre circulation": abondance de main d'oeuvre qualifiée, amélioration de la productivité, baisse des salaires et hausse du chômage. Quelques raisons de mettre en cause le soutien syndical au OUI. Sauf pour les dirigeants syndicaux, imperturbables…

Christoph Blocher veut la libre circulation:
«Mes amis politiques se trompent»

D. S. Miéville, Le Temps, jeudi 15 septembre 2005/p>

Le leader de l'UDC s'engage crescendo pour le oui. Les chances à saisir l'emportent sur les risques. L'ultime sondage entretient le suspense. Le oui fait la course en tête, le vote des indécis sera décisif.

Christoph Blocher, que l'on n'avait guère entendu jusqu'ici, multiplie les interventions à deux semaines du scrutin. Le leader charismatique de l'UDC n'est certes pas enthousiasmé par l'extension de la libre circulation des personnes, mais il la soutient sans la moindre équivoque. En début d'année, Christoph Blocher a, en vain, invité son parti à «oser» prendre le risque de glisser un oui dans l'urne le 25 septembre. Ses amis politiques ont fait, assure-t-il aujourd'hui, un mauvais choix. L'affirmation de son engagement à ce moment de la campagne est loin d'être anecdotique. Il devrait peser moins lourd que son discours de Rafz, qui avait entraîné nombre d'indécis à s'opposer à Schengen. Mais il pourrait donner un coup de pouce important au camp du oui, dans la mesure où le tribun zurichois demeure, même au Conseil fédéral, une sorte de gourou pour l'opinion alémanique. A quelques jours du scrutin, il précise sa position.

Le Temps: On vous a peu entendu sur la libre circulation. Le seul commentaire qu'on ait retenu de votre part, c'est: «Il faut oser.»

Christoph Blocher: C'est vrai qu'il faut oser l'extension de la libre circulation, mais en évaluer les risques. Ces risques sont moins importants pour la Suisse si nous optons pour, mais on ne peut pas dire oui avec enthousiasme. D'autre part, si nous refusons l'extension de la libre circulation, nous aurons un problème face à l'Union européenne, parce qu'en 1999 nous avions déjà accepté la libre circulation avec les Quinze et parce que l'UE ne peut pas fonctionner à deux vitesses.

Votre argumentation est uniquement défensive. Votre argument principal est de dire qu'on aura des ennuis avec l'UE. Ne voyez-vous pas d'effets positifs à la libre circulation?

– Evidemment. L'extension de la libre circulation est bonne pour l'économie, car elle permet d'avoir accès à un réservoir suffisant de main-d'œuvre. Pouvoir compter sur de la main-d'œuvre qualifiée et en suffisance permet d'améliorer la productivité. Il faut aussi voir le côté positif du développement des exportations vers les nouveaux Etats membres. Ce sont des chances que nous devons saisir.

Ce que l'opinion a retenu de vos propos jusqu'à maintenant, c'est que les salaires vont baisser et que le chômage va augmenter.

– Je ne peux pas dire ce qui n'est pas vrai. Si nous affirmons que l'ouverture de notre marché du travail entraînera une augmentation des salaires, personne ne nous croira. Jusqu'en 2011, il n'y aura aucune difficulté, en raison des limites que nous avons posées avec les contingents, mais nous courrons ensuite le risque de voir diminuer les salaires et augmenter le chômage pour atteindre le niveau européen si la pression migratoire est importante. En cas de croissance économique en Suisse comme dans les nouveaux Etats membres de l'UE, je ne crois pas que nous aurions à faire face à de gros problèmes, mais en cas de ralentissement économique dans ces nouveaux Etats, la situation serait plus difficile. Je suis néanmoins convaincu qu'il faut se prononcer en faveur de l'extension de la libre circulation, car le risque est moindre pour la Suisse qu'en cas de refus. Si nous la refusons, nous ignorons quelles seraient les conséquences pour l'économie et comment l'Union européenne réagirait. Nous pourrions tout aussi bien connaître un ralentissement économique en Suisse, ainsi qu'une baisse des salaires.

Vous avez une analyse différente de celle de vos collègues du Conseil fédéral et de l'économie, qui pensent qu'il n'y aura pas de grands mouvements migratoires.

– Si la croissance est bonne, il n'y aura peut-être pas de grands mouvements même après 2011. Il faut également tenir compte du fait que nous avons limité l'immigration d'une autre façon, notamment grâce à la loi sur les étrangers, en restreignant l'entrée des ressortissants de pays extérieurs à l'UE, comme les Américains, les Japonais, etc.

Vous étiez vous-même contre la libre circulation avec les Quinze.

– Le système de la préférence accordée aux travailleurs indigènes était bon. Nous l'avons abandonné en adoptant la libre circulation avec les Quinze. J'étais opposé à ce projet au moment où il a été discuté au Conseil fédéral et au parlement. Plus tard, au moment de la votation sur les premiers accords bilatéraux, je m'y suis rallié parce ce que cela faisait partie d'un paquet.

Au contraire de l'UDC, qui est persuadée que l'Europe ne réagira pas, vous êtes persuadé qu'il y aura des mesures de rétorsion?

– Je ne pense pas qu'elle dénoncerait les premiers accords bilatéraux. Elle n'aurait intérêt à dénoncer ni l'accord sur le trafic terrestre ni celui sur la libre circulation. Imaginez donc les conséquences pour l'Autriche si l'UE dénonçait, par exemple, l'accord sur le trafic terrestre: une grande partie des camions qui traversent actuellement la Suisse se dirigerait de nouveau vers l'axe Nord-Sud du Brenner. Mais l'UE aurait d'autres possibilités, elle pourrait réagir en chicanant ça et là. Contrarier un partenaire ne pourrait que nous desservir. La Suisse est un bon client de l'UE, mais même avec un bon client, il est possible de se montrer plus ou moins désagréable.

Que dites-vous à vos amis politiques qui recommandent le non?

– Après avoir évalué les risques, je peux leur dire qu'ils font un mauvais choix. Ils minimisent les risques d'un refus et exagèrent ceux d'un accord.

La peur de l'étranger compte pour beaucoup dans leur attitude. Est-ce que vous ne portez pas à cet égard une certaine responsabilité? C'est vous qui avez créé et présidé l'ASIN.

– Je suis fier d'avoir créé l'ASIN. C'est très important de défendre l'indépendance de la Suisse. Je suis en faveur de la libre circulation des personnes et pour les différents échanges bilatéraux, mais je suis opposé à l'adhésion à l'Union européenne. L'adhésion serait très dommageable pour la Suisse. Adhérer signifierait renoncer au franc suisse, augmenter la TVA à 15%, perdre le secret bancaire, la démocratie directe et l'indépendance. Il est vrai que des gens se prononceront contre la libre circulation par peur d'une adhésion à l'UE, mais ce ne sont pas nos partisans.

Ce sont pourtant certains de vos amis politiques qui accusent le Conseil fédéral de vouloir faire entrer la Suisse dans l'UE par la petite porte avec la libre circulation.

– Je ne suis pas responsable de tout ce que disent mes amis, et en l'occurrence ils ont tort. Mais je regrette que la situation n'ait pas été clarifiée, en insistant sur le fait que se prononcer pour la libre circulation mettrait un terme aux projets d'adhésion à l'UE. Rien n'a été fait en ce sens et des doutes subsistent pour certaines personnes.

Vous voulez dire qu'une entrée de la Suisse dans l'UE serait à jamais exclue?

– Il ne faut jamais dire jamais. Mais où en sommes-nous aujourd'hui? Nous n'avons aucune chance d'adhérer à l'UE au cours des dix années à venir. S'il en est ainsi, nous pourrons en déduire que la Suisse préfère garder son indépendance et continuer sur la voie des bilatérales. Si dans vingt ans les circonstances sont autres, nous pourrons toujours changer d'avis. Mais il serait faux de dire aujourd'hui que nous choisissons l'option de l'adhésion parce qu'elle serait peut-être nécessaire dans vingt ans.

Vous soutenez le retrait de la demande d'adhésion?

– Evidemment, et ce n'est pas être anticollégial que de le dire. La division du Conseil fédéral à ce sujet n'est pas un secret. Il n'a du reste pris aucune décision. Nous en discuterons après le 25 septembre en effectuant une analyse de la situation de nos relations avec l'UE.

Pensez-vous qu'un retrait de cette demande suffirait à clore le débat? On entend dire que l'ASIN ne s'en contentera pas.

– Le retrait de la demande d'adhésion à l'UE est une opération purement technique. La retirer tout en prétendant vouloir tout de même adhérer n'est pas correct. Ce serait un compromis peu valable, parce qu'il ne satisferait vraiment ni les adversaires, ni les partisans de l'adhésion. Nous devons clairement dire que nous optons pour l'indépendance dans l'immédiat dans un esprit de collaboration au niveau bilatéral, tout en nous réservant la possibilité de réexaminer ultérieurement la situation. Il est important que la Suisse se garantisse une large marge de manœuvre par rapport à tous les Etats du monde et surtout par rapport à l'UE.

L'UE est un projet de paix qui a stabilisé le continent. Y êtes-vous insensible?

– Au contraire. Une idée peut déboucher sur des projets différents. Je suis sensible à l'idée de l'Europe telle qu'elle a été formulée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Churchill n'avait jamais pensé à l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui. Je ne veux pas que la Suisse entre dans l'UE parce que je préfère que notre pays dispose des lois que nous pouvons nous-mêmes rédiger, réviser, modifier ou abroger. En cas d'adhésion à l'UE, nous devrions abandonner cette autonomie qui est, du reste, le fondement de notre Etat confédéral.

Que se passera t-il en cas de non le 25 septembre?

– Sur le plan intérieur, on cherchera des responsables et on voudra trouver les coupables. Avec l'UE, il faudra recommencer à négocier, mais je ne veux pas en parler maintenant.

Cela signifie-t-il que vous avez un plan B?

– Oui, exactement.

Pensez-vous que le refus de l'extension entraînerait une crise politique?

– Une votation offre toujours deux possibilités. Si la Suisse se prononce contre l'extension de la libre circulation, ce sera l'expression de la volonté de la majorité. Il ne faut pas dramatiser. Après le rejet de l'EEE, la crise a duré quelques semaines tout au plus.

Comment réagissez-vous aux propos de Moritz Leuenberger sur l'obsession d'amaigrir l'Etat?

– C'est son avis. Il critique la décision du Conseil fédéral sur les projets de réforme de l'administration. C'est son problème.

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